“Et si je refusais de transmettre la guerre contre le corps ?”
Je vais vous confier quelque chose.
Pendant ma grossesse, une pensée me hantait.
Une pensée obsédante.
“Et si je donnais naissance à une petite fille qui souffrirait d’être grosse ?”
“Et si elle vivait ce que j’ai vécu ?”
Parce que je sais.
Je sais combien c’est douloureux d’être gros quand on est enfant.
Les regards.
Les remarques.
Les humiliations silencieuses.
La sensation d’être “de trop”.
Puis ma fille est née.
Je n’ai pas pu l’allaiter. Les biberons sont arrivés vite.
Avec eux : les dosages précis, les quantités recommandées, les intervalles “à respecter”.
La science. Les normes. Les tableaux.
Et très vite, quelque chose s’est imposé.
Ma fille n’entrait pas dans la “bonne dose”.
Elle n’attendait pas sagement l’heure autorisée.
Elle réclamait.
Elle exprimait.
Elle avait faim quand elle avait faim.
Et là, une vieille peur a ressurgi.
Ça recommence.
Je ne suis jamais rentrée dans les cases… et elle non plus.
La malédiction, encore.
Mais au milieu de cette inquiétude, une autre voix s’est fait entendre.
Plus calme. Plus instinctive.
“Laisse-la te parler.
Laisse-la te dire sa faim.
Ne commence pas à lui apprendre à douter d’elle.
N’impose pas un cadre rigide à un corps qui sait.”
Alors j’ai écouté.
J’ai appris à distinguer les pleurs de faim des autres pleurs.
J’ai commencé à la nourrir selon ses besoins.
Pas ceux d’un tableau.
Pas ceux d’une prescription standardisée.
Oui, j’avais l’impression de transgresser les règles.
Oui, je défiais une certaine autorité médicale.
Mais pour une fois, j’ai choisi la confiance plutôt que la peur.
Aujourd’hui encore, je suis fascinée.
Fascinée de voir à quel point il est naturel, simple, instinctif, d’ingérer la juste quantité…
À condition que personne ne vienne brouiller le signal.
Elle ne compte ni calories, ni glucides, ni protéines.
Elle ignore tout des discours anxiogènes.
Et pourtant, elle régule.
Même face à son dessert préféré, si la satiété arrive, elle s’arrête.
Sans drame.
Sans lutte.
Sans culpabilité.
Son seul souci ?
S’assurer que le gâteau sera encore là quand la faim reviendra.
Elle ne connaît ni la restriction, ni la compulsion.
Elle connaît la confiance.
Alors oui.
On peut être en paix avec son alimentation.
Je ne dis pas que cela fera maigrir tout le monde.
Ce n’est pas mon combat.
Mon travail, ma mission, c’est autre chose :
Vous aider à être en phase avec vous-même.
À vous aimer.
À sortir des chemins tracés par la peur et la honte.
Ce que je dis, c’est ceci :
Écoutons-nous.
Et apprenons à nos enfants à s’écouter.
Ne brimez pas leurs envies par principe.
Vous savez comme moi qu’une envie frustrée ne disparaît pas :
elle s’enfouit… puis explose.
Si votre enfant est en surpoids, ne cédez pas aux solutions simplistes.
Ce problème est complexe. Profond. Multidimensionnel.
Le surpoids ne se soigne pas à coups de régimes.
Il se comprend.
Cherchez les causes avant d’imposer les méthodes.
Fuyez les moralisateurs.
Entourez-vous de spécialistes compétents.
Travaillez le retour aux sensations, à l’introspection, à la relation au corps.
Et surtout…
Ne cherchez pas un coupable.
Cherchez les causes.
Faites confiance à votre bon sens.
Si quelque chose en vous dit que vous faites fausse route, écoutez-le.
Parce que transmettre la honte est facile.
Transmettre la confiance demande du courage.
Moi, j’ai choisi.
Je refuse de transmettre la guerre contre le corps.